Roman Greco (1904-1989)

Né en 1904 à Porcesti, un village pauvre et isolé des Carpates en Roumanie, Roman Greco est l’aîné de trois, dans la famille d’un petit cordonnier. Son père décide que Roman lui succédera et lui apprend le métier; mais il n’est pas facile, il n’aime pas cette vie et il a de drôles d’idées: il veut devenir artiste peintre! Dès qu’il le peut, il s’isole pour peindre ou dessiner sur du papier, du carton, du bois, des murs…

Un jour, le pope du village lui demande de peindre des fresques et des personnages dans une petite chapelle locale; ce qu’il fait avec succès.

A presque vingt-cinq ans, désormais reconnu et plus confiant en lui même, il part à Bucarest pour s’inscrire au concours de l’école des beaux arts, ceci en désaccord avec sa famille et le pope! Reçu premier de sa promotion, il y étudie pendant deux ans et gagne un concours qui offre l’inscription à l’école des beaux arts de Paris avec une bourse d’un an.

Enthousiasmé par la vie parisienne, il tombe amoureux de la butte Montmartre et décide d’y rester; mais il ne peut survivre qu’avec des petits boulots: homme sandwich, figurant au théâtre, manutentionnaire aux halles… pour quelques pièces, il fait des portraits place du Tertre. Plus d’un an de galères dans des petits hôtels et parfois sous les ponts. À Montmartre, il trouve des amis qui le logent et le soutiennent. Il ne peint pas beaucoup car le matériel coûte cher et finit par s’installer comme cordonnier, (merci papa) fabrique des bracelets pour montre et toutes sortes d’articles en peau. Il se marie un peu avant la guerre, obtient la nationalité française, vend quelques tableaux mais continue à travailler le cuir pour améliorer le quotidien.


Petit à petit il devient une figure de la butte, un familier du “Lapin Agile”, il retrouve Emil Cioran qu’il avait connu à Bucarest une dizaine d’années plus tôt, leur amitié durera jusqu’au décès de Roman en 1989. Parmi ses amis figurent aussi Bernard Lorjou et Auguste Frémaux avec lesquels il a travaillé et partagé des galeries pour exposer. Jusqu’aux années 70, ses oeuvres seront régulièrement sélectionnées pour les salons d’automne. Mais sa famille nous dira que c’est toujours à regret qu’il vend ses tableaux et ne consent à les céder que si l’argent manque au foyer. Cependant, dans son atelier de la rue des Cloÿs au pied de la butte il en entasse des tableaux et des dessins rien que pour lui...


Après son décès, toutes ses oeuvres invendues ont voyagé d’un grenier à un autre, pour finir presque oubliées, “presque” puisque nous les avons retrouvées, dépoussiérées et remises en valeur comme elles le méritent. Les voici.    

 

Alain Blondot - Décembre 2019
 

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